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Pour faire court… (1/2)

Pour le vrai fan de cinéma belge, cinéphage invétéré, la traditionnelle journée des courts métrages est un immanquable événement, source de découvertes et de plaisirs multiples.

Évidemment, pour l’affronter de front, il faut un peu d’entraînement et de résistance.

On entre dans la salle à 11h15, on en sort à 21h. Entre-temps, le seul coin de ciel qu’on a vu était sur les écrans. Tout juste a-t-on le temps de reprendre son souffle entre deux salves de deux heures de projection. Cinq minutes à tout casser, histoire de partager quelques impressions avec d’autres spectateurs, un metteur en scène, un acteur. Et si on veut se sustenter, mieux vaut avoir emmené ses sandwiches qu’on grignote à la dérobée pendant les projections
L’atout de cette journée est d’être foisonnante et contrastée. C’est aussi son défaut, surtout si on pense que le jury va devoir piocher dans ces 23 films (pas si) courts pour effectuer un choix.

 

Rassembler dans une même compétition des films 100% professionnels, des films de metteur en scène en devenir, des perles de cinéastes confirmés venus se divertir dans la discipline, des films d’écoles, des docus, des fictions, des animations, des docus d’animation peut sembler étrange. Un peu comme si on devait classer dans un même hit-parade musical un tube de Claude François, une tornade trash d’Anthrax, les suites pour violoncelle seul de Britten, un hymne du Grand Jojo et un monologue de Léo Ferré. Impossible ? On le pense aussi.

 

Comme nous avons tout vu, nous allons, comme chaque année, vous livrer notre vision de la journée en toute subjectivité. Nos goûts nous appartiennent, nous ne voulons les imposer à personne. Mais hé ! Personne d’autre n’écrit dans Cinevox (pour l’instant), donc on vous les offre avec tout l’enthousiasme qui nous anime.
D’abord, nous avons tenté de classer les films en différentes catégories, car il nous semble compliqué de comparer un film au budget digne d’un long métrage miniature et un court de fin d’études. Ce serait injuste pour les jeunes cinéastes en herbe à peine sortis de (ou encore à) l’IAD, l’Insas, la Cambre, Albert Jacquard ou l’Inraci. Tout le monde n’est pas Pablo Munoz Gomes (réalisateur de Welkom pour les amnésiques).

 
Ce qui ne veut pas dire non plus que pour leur faire de la place, on doive passer sous silence les performances de quelques grands espoirs qui nous ont juste hallucinés.

 
(la deuxième partie de ce long article avec les films d’école l’anime, et les docus sera publiée demain)

 

 

LES MAÎTRES DU JEU

 

Dans ce programme de 23 films, deux nous ont paru dominer les débats. D’abord parce qu’ils sont produits comme des longs, ensuite (et surtout) parce que leurs réalisateurs s’affirment déjà comme deux des plus belles promesses du cinéma belge.

 

 

Notre coup de cœur absolu de la journée est incontestablement Beltelgeuse.

Produit par Wrong Men avec les Irlandais de Savage, cette introspection métaphysique est signée par Bruno Tracq qui a réussi à persuader Benoit Roland de tourner au Nouveau Mexique, un des seuls lieux au monde où se trouvent de gigantesques télescopes pointés vers le ciel.
Sur la seule foi de son scénario (mais quel scénario !), il a aussi convaincu Lubna Azabal d’interpréter le rôle principal de son film. Un choix pertinent, car l’actrice est de tous les plans.

Elle incarne une astrophysicienne amoureuse d’un autre spécialiste des étoiles qui développe une théorie fort contestée : l’explosion supposée de Betelgeuse pourrait provoquer la disparition de la terre.

Mais alors que le couple se chamaille sur le chemin du domicile, leur véhicule quitte la route et c’est le chaos (séquence saisissante s’il en est). Trois ans plus tard, Sarah vit recluse dans sa maison, incapable de sortir et d’affronter le monde qui l’entoure. En secret, elle poursuit les calculs de son mari.

 

 

L’expérience que représente Betelgeuse est assez difficile à expliquer en quelques mots.

Filmée par Colin Levêque (Un homme à la mer), ce court de 31 minutes n’a jamais l’air d’être un film belge. Son essence est clairement anglo-saxonne, évoquant à plus d’un titre le fabuleux Take Shelter de Jeff Nichols.

Sans jouer la pose, Bruno Tracq imagine un univers singulier (à base d’effets spéciaux aussi spectaculaires que discrets), et ose l’impensable : l’ambition de donner à son film l’esthétique d’un long métrage américain haut de gamme sur un propos vertigineux qui allie l’intime et l’infini. Tout format confondu Beltelgeuse est peut-être le film belge le plus exaltant depuis Mr Nobody de Jaco van Dormael.

(NDLR. la dernière fois qu’on s’est déchaîné sur un court métrage, il a fini aux Oscars. Souhaitant à Betelgeuse un parcours identique à Dood van een schaduw)

 

Face à cet ouragan, la tâche des autres films semble démesurée, mais par la grâce d’une sélection très  réussie, on a découvert dimanche à Namur un deuxième bijou rarissime, diffusé d’entrée de jeu, dès 11h15.

 

 

Complices est le nouveau court métrage de Mathieu Mortelmans qui nous avait déjà offert l’intrigant Chambre Double avec Jean-Jacques Rausin. Force est pourtant de constater qu’il passe ici à la vitesse supérieure, avec un film de 30 minutes bien trop court tant on est happé dans son univers et son ambition.

Produit par Stromboli, Complices a la facture d’un long métrage. Et encore : un long métrage digne de tous les éloges.

Juge au tribunal correctionnel, Philippe entretient une relation houleuse avec son fils Hugues. Un soir, en état d’ivresse, Hugues écrase un cycliste et prend la fuite. Pour protéger son fils, Philippe choisit de dissimuler les preuves du crime.

 

 

Un dilemme cornélien pour cet homme intègre, très porté sur la morale, qui mène à une confrontation étonnante entre Jean-Henri Compère (La Trêve) et Martin Nissen (Les géants, Welcome Home) sous le regard effaré d’Anne Coesens, leur épouse et mère.
D’une richesse thématique rare, d’une intensité constante, servi par une direction d’acteurs dans faille, la musique de Ozark Henri et l’image sublime de Sylvain Freyens, Complices est l’autre immense favori de la compétition. A nos yeux, en tous cas.

 

Quoi qu’il advienne de ces deux films dans le cadre du FIFF, on en est de toute manière certains : Bruno Tracq et Mathieu Mortelmans ont une formidable carrière devant eux.

 

 

CEUX QUI SONT PRÊTS POUR LE LONG

 

Plusieurs réalisateurs présents dimanche au FIFF sont assurément prêts pour passer au long : parce qu’ils ont un univers, parce qu’ils maîtrisent leur sujet, parce qu’ils dirigent formidablement bien leurs comédiens.

 


On pense ici à Emmanuelle Nicot qui a scotché son monde avec A l’arraché (Helicotronc) et ses deux actrices prodigieuses, sauvageonnes dopées à l’énergie animale, épatantes de naturel, Hajar Koutaine, Clémence Warnier.

Pour schématiser, on pourrait classer Emmanuelle comme une héritière des frères Dardenne avec un vrai don pour le rythme (façon L’enfant donc) et une modernité qui n’appartient qu’à elle.

 

 

Plus classique dans sa manière de filmer, très stylée, mais néanmoins atypique dans le paysage belge, Vincent Smitz surenchérit avec Ice Scream (Artemis) sur son prometteur Babysitting.

Toujours fasciné par les films de genre qu’il adore détourner, le jeune réalisateur liégeois s’amuse ici encore à jouer sur deux niveaux : la réalité et sa représentation au cinéma dans une mise en abyme qui vaut son pesant de cacahuètes, de sourires et de frissons.

Framboise sur le gâteau, ses deux acteurs sont top. Évidemment puisqu’il s’agit de Thomas Coumans (primé l’an dernier au FIFF) et de Stéphanie Crayencour, la Babe la plus sexy du cinéma belge.

 

 

Réalisateur de documentaires, Mathias Desmarres s’essaie avec Crazy Sheep (Eklektik) au court métrage de fiction décalé. Son humour typiquement british fait merveille avec cette histoire surréaliste de geek qui cherche à faire réparer un store et aide un couple d’Anglais excentriques à remettre une tortue géante à la mer. Désopilant ? Absolument. Si le cinéaste franco-belge peut tenir la distance du long sur ce ton hilarant ET émouvant (la rencontre entre Réal Siellez et Aurora Marion es magnifique), on signe tout de suite.

 

LES RÉAL DE LONG QUI S’AMUSENT EN FORMAT COURT

« Le court métrage doit être un terrain d’expérimentations et de défoulement ».

Ce n’est pas nous qui le disons, mais Matthieu Donck, réalisateur de La Trêve, de Torpedo qui revient régulièrement à ce format pour nous faire hurler de rire.

 

 

Avec les Tubes (Helicotronc), son plaisir est double puisqu’il collabore enfin avec son grand ami Xavier Seron et qu’ensemble le duo a pondu un court métrage irrésistible autour des délires de Jean-Benoit Ugeux, un acteur halluciné qui possède un univers unique.

Le film existe par lui-même, parsemé de scènes cultissimes, mais s’inscrit également dans un projet plus large imaginé par le comédien et composé de trois segments. A découvrir bientôt.

 

 

Xavier Seron remporta l’an dernier le prix Cinevox avec je me tue à le dire et le Magritte du meilleur court métrage avec L’ours noir, en duo avec son autre pote Méryl Fortunat-Rossi.

Cette année, le duo revient avec un court plus intime, en noir et blanc, mais tout aussi drôle : Le Plombier (Hélicotronc) réunit un casting d’enfer autour de la séance de doublage d’un film porno.

Jouissance suprême, la famille d’acteurs fidèles aux réalisateurs s’enrichit de l’arrivée du génial Tom Audenaert. Magique !

 

(la suite demain, donc)

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