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Profession du père: « Parolier »

Avec Parolier, Rachel Marino livre le portrait tendre et intime de son père, poète au foyer, orfèvre de la langue française, petit immigré italien, spécialiste de la chanson d’amour.

Rosario Marino, immigré italien, ouvrier, puis parolier de chansons de variété à succès. Un homme qui a quitté l’usine pour vivre de sa plume. Pourtant très proche de son père, Rachel Marino a souvent pensé qu’il ne connaissait pas vraiment son travail. Puis, elle s’est demandée si elle connaissait le sien.

« Je suis Rachel, la fille de Rosario ».

Dès son commencement, le film convoque le registre de l’intime et de la saga familiale. Un film à la deuxième personne du singulier, un film d’amour filial et paternel. Et d’amour justement, il en sera question. D’amour, ou plutôt de ses mots. Car Rachel, formée au théâtre, à l’art et au design, s’aperçoit qu’elle n’a jamais exploré tout un pan de la vie de son père. Son papa, qui travaillait à la maison, qui travaille au jardin, qui a toujours été là pour sa fille, celui-là même a écrit 417 chansons d’amour, rempli 18 cahiers de paroles. Il est à l’origine d’une vingtaine de disques d’or, a vendu des millions de disques. Et c’est même grâce à lui que la Belgique a remporté son seul titre de l’Eurovision.

Ses heures de gloire…

Mais qu’est-ce qui se cache derrière les paillettes et les reflets dorés de sa discographie? De l’artisanat, et même de l’orfèvrerie. Rosario écrit des chansons d’amour, des chansons populaires, des hymnes chamallow interprétés par le latin lover de la Belgique des années 70, Frédéric François. Le fruit d’une amitié improbable, entre un petit garçon de 11 ans qui écrit des poèmes dans ses cahiers d’écolier, et un grand de 17 ans, pendu à sa guitare, qui offre au jeune Marino le plus beau des cadeaux: mettre ses textes en trois dimensions.

A eux deux, ils dynamitent le top 50, et enchaînent les disques d’or. Artisan de l’ombre, Rosario goûte de temps à autre à la lumière des projecteurs et au reflet des paillettes. On l’aperçoit chez Guy Lux, sur un plateau TV. Bien sûr, le succès n’a qu’un temps. Frédéric doit se réinventer, ça passe par un changement de parolier. Rosario lui continue à faire ce qu’il fait de mieux: écrire des chansons simples, et reproduire sans cesse ce petit miracle: raconter l’histoire des autres sans même les connaître.

Fast forward en 1986. Rosario se retrouve à Oslo, avec son costume 80s et une jeune fille de 13 ans qui vient de remporter le concours Eurovision, avec l’un de ses chansons, J’aime la vie. Autre époque, autre gloire.

Mais la vraie gloire de Rosario, c’est surement sa modestie.

L’art du « bien parler »

Il faut dire qu’il vient de loin, le petit Rosario. Débarqué en Belgique à l’âge de trois ans, il a quitté l’Italie, le soleil, la mer, les fruits, pour ce pays froid et gris, où il commence par performer le destin traditionnel d’un enfant d’immigré italien. Il embauche à l’usine, comme les autres. Le soir, cependant, il écrit. Peut-être est-ce un besoin de revanche, de reconnaissance pour cet enfant de mineur? Alors qu’à l’époque on parle souvent italien dans les foyers de la région, la mère de Rosario s’emploie à s’assurer que ses enfants soient assidus à l’école, et maîtrisent le français. Rosario ira plus loin encore…

Une vie animée

Comment raconter celui qui écrit, qui rature, qui compte les pieds et cherche les rimes? Pour mettre en image les mots de son père, leur rythme et leur poésie, Rachel Marino dissémine dans son film de nombreuses petites séquences animées, certaines dessinées, d’autres en stop motion. Les crayons prennent vie, les carnets d’écolier se multiplient. Ces courtes scènes permettent de dresser un parallèle entre la fille et le père, leurs deux créativités, et de dédoubler le dialogue instauré entre le père et la fille.

Parolier sera projeté ce soir en avant-première au cinéma Palace à Bruxelles, où il sera ensuite diffusé pendant deux semaines. On pourra également le voir le 18/10 à Nivelles, le 15/12 au Parc à Liège, et en décembre au Plaza Art à Mons.

 

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