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Rencontre avec Fabio Zenoni, à propos d’Invisible

Rencontre avec le comédien belge Fabio Zenoni, qui nous parle de son rôle dans Invisible, la nouvelle série de la RTBF écrite par Marie Enthoven et réalisée par Geoffrey Enthoven.

C’est la semaine prochaine que débute sur La Une la diffusion d’Invisible, la nouvelle série de la RTBF, qui renouvelle ainsi avec force et audace sa proposition côté séries, avec une oeuvre fantastique en prise avec des thématiques d’une actualité brûlante.

Dans Invisible, Fabio Zenoni interprète Nathan, un médecin et scientifique ébranlé par l’apparition d’une maladie qui touche directement sa famille, mais qui pourrait représenter pour lui une opportunité unique de faire décoller sa carrière…

Invisible raconte comment, sur une dizaine de jours, les habitants de Creux sont confrontés à un phénomène mystérieux : certains d’entre eux deviennent invisibles. Hors des regards, l’invisible peut tout faire sans être vu. Plus personne pour le punir, plus personne pour le complimenter, plus personne pour le juger… Mais est-ce vraiment un avantage ?  Certains utilisent leur invisibilité comme un outil de vengeance ou de domination, d’autres le vivent comme un exil. Mais tous se retrouvent face à un choix moral : leur invisibilité est-elle un pouvoir ou un handicap ? Que reste-t-il de notre humanité quand plus personne ne peut nous voir ?  Face à l’inimaginable, visibles et invisibles vont tenter, chacun à leur façon, de sauver leur propre monde.

Fabio-Zenoni-Invisible

Bonjour Fabio, pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre personnage, Nathan?

Nathan est médecin, c’est un homme qui s’est marié à une femme brillante, elle-même fille d’un homme brillant. Tous évoluent dans le même domaine scientifique. Nathan aimerait être à la hauteur de sa femme et de son beau-père. Il a pas mal d’ambition, et voit en cette pandémie d’invisibilité une possibilité de trouver le remède, ce qui le rendrait célèbre, et lui permettrait de briguer des prix ou des postes prestigieux.

Evidemment, cette ambition implique des sacrifices, et va le mettre en porte-à-faux avec sa femme, sa fille et son beau-père.

Dans la série, cette invisibilité prend beaucoup de formes différentes… C’est quoi pour vous un invisible?

La série apporte une sorte d’écho troublant avec l’actualité. A cause du Covid bien sûr, et de tout le développement de l’épidémie, mais aussi concernant notre rapport aux réseaux sociaux. On vit une époque où l’humain a un besoin viscéral d’être visible, de mettre constamment en scène (et en valeur) son image.

Quand j’ai lu le scénario, je me suis demandé qui étaient les invisibles d’aujourd’hui, et je me suis dit que c’était peut-être les gens en résistance contre cette omniprésence sur les réseaux sociaux, ceux qui sont absents de toute représentation d’eux-mêmes. Et puis évidemment, en tant que comédien, on ne peut que s’interroger sur ce rapport à l’image, et à la visibilité.

Par ailleurs, vous verrez que dans la série, on finit par constamment se demander s’il y a un invisible à nos côtés. Et c’est quelque chose que l’on ressent aujourd’hui avec le Covid je trouve! Cette peur qui s’est installée, où on se met à se méfier de l’invisible. On reçoit un ami, on se demande s’il l’a ou pas, ce virus… La similitude avec ce qu’on est en train de vivre aujourd’hui est assez suffocante, c’est assez anxiogène! On a la sensation de basculer dans un autre monde, ici comme dans la série.

C’est une série fantastique, traitée sur un ton très réaliste. Quel était le plus grand défi pour vous en termes d’interprétation?

Le défi, c’était de trouver le ton juste, que tou·tes les comédien·nes aussi soient en osmose, car on a tous des références fantastiques différentes. Idem bien sûr avec le réalisateur, Geoffrey Enthoven. Il fallait que l’on se mette d’accord. On a finalement opté un ton assez réaliste, très quotidien, qui se transforme au fil des épisodes.

L’autre défi, c’est qu’il fallait se concentrer pour faire croire à l’invisibilité. Comment jouer, sans sur-jouer ou sous-jouer? Et tous ensemble, que le casting soit en quelque sorte au diapason!

On n’a pas de référents dans la vraie vie concernant l’invisibilité, il nous était donc difficile de nous reposer sur notre expérience ou des témoignages! Heureusement, nous avions un incroyable chef d’orchestre avec Geoffrey, qui a su faire en sorte que tout le monde joue la même musique face aux invisibles.

J’imagine qu’il y a aussi de fortes contraintes techniques?

C’est vrai que nous avons dû régulièrement refaire plusieurs fois les prises. Le point positif, c’est que le réalisateur a le choix parmi les prises. Le point compliqué… Bon, déjà, il faut faire abstraction des costumes verts, l’un des enjeux bêtement, c’est… de ne pas rire! Ensuite, faire semblant d’enlacer quelqu’un d’invisible, ça crée aussi quelques problèmes, sur la façon de placer les mains, d’évaluer l’épaisseur de la personne qu’on étreint. C’est très technique en fait!

Quelles sont les particularités de ce travail sur le temps long, quand on interprète un personnage pendant 8 épisodes?

Il faut vraiment travailler le scénario à fond en amont, surtout que nous avons tourné dans le désordre, pendant trois mois. Il faut connaître l’histoire sur le bout des doigts.

Moi par exemple j’ai commencé par une scène du huitième épisode, on est au climax de la série, il faut déjà avoir anticipé toute l’évolution du personnage. On n’a pas eu le temps de parcourir corporellement et émotionnellement le personnage, il faut pouvoir se projeter très vite. Et avoir le parcours de son personnage clairement dessiné dans son esprit.

Pourquoi avoir accepté ce rôle?

Alors évidemment, c’est un beau rôle, qui a une belle présence à l’écran, ce qui signifie aussi du travail pendant trois mois, ce qui n’est pas négligeable! Les projets portés par le Fonds série offrent vraiment de belles opportunités aux comédien·nes belges.

Ensuite, à la lecture, j’ai vraiment été tenu en haleine tout du long. J’avais déjà vécu ça d’ailleurs en lisant le scénario de Un village français pour lequel j’avais passé l’audition, même si je n’ai pas eu le rôle finalement. Je n’arrivais plus à reposer le script, comme avec un bon roman.

Par ailleurs, je n’avais pas encore exploré la question de l’ambition, c’était donc un terrain de jeu assez nouveau pour moi. Une nouvelle palette, de nouvelles envies, un nouveau désir. Et puis ce métier, c’est aussi l’occasion de prendre des risques, et là, la rencontre entre la RTBF et l’univers de la science fiction, c’était un beau défi. Il y avait du fantastique, et de beaux et profonds rapports humains, dans lesquels chacun peut s’identifier.

Qu’est-ce que vous préférez dans la série?

Avant de voir le premier épisode, j’avais quand même un peu peur. J’avais deux inquiétudes: est-ce que le côté invisible va fonctionner, et la deuxième, est-ce que le suspense sera efficace? On a beau trouver que le projet est magnifique quand on tourne, on a beau avoir confiance dans les personnes en charge des effets spéciaux qui ont l’air de savoir ce qu’elles font, on ne peut pas s’empêcher de se demander ce que ça va donner, si y va y croire…

Et j’ai été très surpris du résultat, la série est encore mieux que ce que j’avais lu, le travail du chef opérateur Gerd Schelfhout est magnifique, la musique d’Eloi Ragot est superbe. Alors que je connais bien l’histoire, je me suis complètement laissé embarquer.

Je trouve que ça marche à fond, et assis dans mon canapé, à certains moments, j’étais tenté de vérifier qu’il n’y avait pas d’invisible derrière moi (rires). L’identification fonctionne vraiment bien. Et le casting est au top. Je suis vraiment heureux qu’ici en Belgique, on ait eu l’audace de réaliser ce genre de projet…

Les deux premiers épisodes seront diffusés le 22 novembre prochain à 20h35 sur La Une.

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