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Retour sur… « Toto le héros »

En 1991, un jeune cinéaste belge débarque sur la Croisette avec une friandise douce-amère qui va faire sensation et repartir avec la prestigieuse Caméra d’Or. Jaco Van Dormael inscrit durablement le cinéma belge dans l’ADN du festival cannois avant que les frères Dardenne ne passent par là, et entame une carrière internationale modeste en nombre de films, mais riche en succès et récompenses…

Enfant, Thomas est convaincu d’avoir été échangé à sa naissance avec son voisin Alfred… Pour se venger du destin, il rêve que plus tard, il sera agent secret. Mais il devient géomètre, comme ça, sans raison apparente. Un jour il rencontre Evelyne. Il pourrait l’aimer aussi fort qu’il aimait sa soeur quand il était petit. Seulement cet amour, un autre le vit à sa place. L’été 2027 approche et le vieux Thomas Van Hasebroeck se demande s’il n’est pas passé à côté de sa vie, comme ça, toujours sans raison apparente. Il a peur de mourir avant d’avoir vécu. Alors il retrouve l’imagination et l’énergie du petit Thomas quand il rêvait qu’il serait Toto le héros…

Toto-le-heros-Michel-Bouquet

Je te tuerai Alfred! Tu m’as volé la vie. Tu m’as volé l’amour. Moi je n’ai rien vécu. Il ne s’est rien passé. 

Toto le héros, c’est l’histoire d’une vie. Une vie tour à tour ratée ou fantasmée. L’histoire de Thomas, persuadé d’avoir été le jouet du destin, et déterminé à se venger. Mais la vengeance, ça ne s’improvise pas: il faut du cran, et de la réussite.

Jaco Van Dormael navigue habilement entre les différentes époques de son récit, enrobant le tout d’une double voix off, tantôt celle de Toto enfant, tantôt celle de Toto vieillard.Le cinéaste prend un vrai plaisir à la reconstitution comme à l’anticipation historiques, y trouvant un terrain de jeu aussi bien nostalgique que futuriste, toujours d’une grande cinégénie.

Le cinéma de Jaco Van Dormael est ludique dans sa forme, et de ses films on retient souvent la poésie et le surréalisme, mais il y a une noirceur tenace dans ce cinéma. Toto le héros est peuplé de morts et de fantômes. Sa première histoire d’amour est incestueuse, son père meurt pour rien ou presque (de la confiture d’orange), sa mère parvient à peine à joindre les deux bouts, et Toto est profondément désespéré.

Le film abrite l’embryon des films suivants de Van Dormael, comme s’il était la matrice d’une filmographie venant s’y nourrir et s’enrichir à chaque film. Ainsi la scène avec Pascal Duquenne dans la voiture revient dans Le Huitième Jour, le quai de la gare (le vieillard, les vies alternatives, les maisons aux volets verts…) rappelle celui de Mr Nobody, les enfants ceux du Tout Nouveau Testament. Dans chacun des films ou presque, on retrouve cette idée que l »être humain n’est finalement jamais maitre de son destin, pire, qu’il n’en est peut-être bien que la marionnette.

Toto le héros, comme le souligne la Caméra d’Or qui vint souligner sa virtuosité, est surtout un premier film riche d’inventivité, de trouvailles poétiques, d’une complexité temporelle surprenante, qui allie dans une sorte de réalisme magique qui lui appartient le merveilleux de l’enfance et sa cruauté, le paradoxe de cette vie que l’on ne vit qu’une fois, tout en rêvant d’une autre vie.

Le film est rediffusé dans une version restaurée ce jeudi 14 juin à Palace, dans le cadre de la soirée de clôture de l’opération 50/50. Un évènement à ne pas manquer…

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