Sur le tournage de… « Chiennes de vie »

Le mois dernier se tournait Chiennes de vie, le deuxième long métrage de Xavier Seron. On a fait un saut sur le tournage, un jour de beau temps au Parc Tenbosch.

« Simca! »

« Naya! »

Les stars du jour courent très vite, sautent très haut, sont toutes petites et ont une pilosité très développée. Simca et Naya, chihuahua de leur état, friment un peu devant la caméra de Xavier Seron, opérée par Olivier Boonjing. Elles jappent, rebondissent, grognent pour de rire, désobéissent avec espièglerie. « Oui, elles peuvent faire quelques caprices, mais pas beaucoup plus que les autres comédiens, » s’amuse Jean-Jacques Rausin, leur partenaire de jeu.

Chiennes-de-vie-@CedricBourgeois
Jean-Jacques Rausin et « son » chihuahua, Blanco

Il faut dire que les relations mouvementées entre les chiens et leurs maîtres sont au coeur de Chiennes de vie. Et si l’on dit « leurs maîtres », cela relève plus de la convention que de l’observation. Les animaux ici, rouages cruciaux du dispositif narratif, sont surtout des partenaires, acteur·ices d’une conversation muette qui reflète les états d’âme de leurs alter ego humain·es.

On retrouve ici des marqueurs fort du cinéma déployé par Xavier Seron depuis quelques années, et notamment dans son premier long métrage, Je me tue à le dire, et dans son dernier court, Sprötch, un regard noir mais amusé sur le monde, ambiance mieux vaut en rire qu’en pleurer, même si les rires s’accompagnent parfois de légers étranglements. « Ça reste de la comédie grinçante, nous confie le cinéaste, comme j’en ai l’habitude, ça traite de sujets pas forcément drôles sur un ton plutôt humoristique. J’essaie de porter un regard un peu différent sur des choses tristes ou effrayantes. » 

Chiennes-de-vie-@CedricBourgeois
Marie Paulus, Olivier Boonjing et Xavier Seron

Xavier Seron retrouve d’ailleurs une bonne partie de sa fidèle équipe. Au son, Marie Paulus, au montage, Julie Naas, à la production Hélicotronc, à l’image, Olivier Boonjing, qui signe ce noir et blanc si caractéristique de son cinéma, même si « ce n’est pas un choix seulement esthétique, c’est aussi pour accompagner le fond, donner un aspect organique au récit, et appuyer le côté décalé. » Il retrouve aussi la dresseuse Valérie Chavanon, déjà réquisitionnée pour les nombreux chats et le rat de Je me tue à le dire.  

Chiennes de vie sera donc une comédie grinçante, mais aussi une comédie chorale. On retrouve ici le plaisir du cinéaste à s’entourer de comédien·nes totalement engagé·es, prêt·es à épouser sa douce folie, ce qui était déjà marquant dans deux des courts métrages co-réalisés avec Méryl Fortunat-Rossi, L’Ours Noir et Le Plombier, tous deux couronnés d’un Magritte.

Chiennes-de-vie-@CedricBourgeois
Mara Taquin et Blanco le chihuaha

Xavier Seron retrouve ainsi son fidèle complice, Jean-Jacques Rausin, héros pathético-comique de  Je me tue à le dire, où il jouait les losers magnifiques, hypocondriaque forcené, tendre, burlesque, et surement profondément dépressif. Il incarne ici Tom, un gars ordinaire qui recueille chez lui le chien de son voisin décédé, un minuscule et inoffensif chihuahua. Inoffensif, à première vue en tous cas, car Tom se persuade peu à peu que ce chien pourrait bien être responsable de la mort de son voisin, ce qui n’est pas pour arranger ses relations avec sa jeune amie, incarnée par Mara Taquin.

Si l’on retrouve dans les rôles satellites nombre de ses habitué·es (Catherine Salée, Jean-Benoît Ugeux, Vincent Lecuyer), Xavier Seron ouvre aussi son cinéma à de nouvelles têtes, Mara Taquin donc, mais aussi Arieh Worthalter, Louise Manteau, Aurora Marion ou Ninon Borsei.

Chiennes-de-vie-@CedricBourgeois
Louise Manteau, Arieh Worthalter, et Jesse, le berger australien

Arieh Worthalter et Louise Manteau incarnent Frank et Lola. Frank et Lola ont tout pour se plaire. Le premier est vigile dans un supermarché, la seconde est kleptomane, ils devaient se rencontrer. Evidemment, c’est le coup de foudre. Sauf que… « ils ont tout en commun, s’amuse le réalisateur, sauf l’amour des chiens. Frank va devoir choisir entre sa meilleure amie et son nouvel amour. »

Quant à Aurora Marion, que l’on se réjouit de retrouver dans un film belge, elle incarne une jeune comédienne, égérie d’une marque de parfum à qui tout réussit, jusqu’à ce qu’elle perde son chien, un adorable petit Shih Tzu, dans un dramatique accident. Son chien, et son assistante, en passant, bien qu’elle « pleure plutôt l’animal ». Comme la vie est faite de hasards parfois heureux, elle croise à la blanchisserie une jeune femme mystérieuse, campée par Ninon Borsei, qui lui fait terriblement penser… à son défunt chien. Elle décide alors de l’engager comme assistante, et accessoirement, comme chien de substitution.

Chiennes-de-vie-@CedricBourgeois
Aurora Marion, Ninon Borséi et Snoopy le Shih Tzu

On imagine bien (bien que surement pas assez) comment ces situations pourraient créer le malaise, voire le drame, avec le rire comme mécanisme ultime de défense face à l’absurdité de la vie. On imagine aussi que Xavier Seron s’en est donné à coeur joie pour malmener ses humain·es pas loin de se comporter comme des animaux – à moins que ce ne soit le contraire?

Chiennes de vie fait partie des films soutenus dans le cadre des aides aux productions légères, avec un budget et un calendrier restreints, donc, mais « même si on est dans une économie réduite, on bénéfice d’une grande marge de liberté, ce qui nous permet aussi des choix comme le noir et le blanc, et le ton, souvent grinçant, parfois un petit peu gore. »

Autant dire qu’on a hâte d’en voir plus, ce qui ne devrait pas trop traîner. Rendez-vous en 2023!

 

Les photos de tournage (exceptée celle du clap) sont signées par Cédric Bourgeois. 

 

 

 

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