Sur le tournage de… « Krump »

Philippe Grand'Henry, Ingrid Heiderscheidt et Jean-Benoît Ugeux Copyright: Cédric Bourgeois

Visite éclair sur le set de Krump, premier long métrage de Cédric Bourgeois, avec au générique un casting 100% belge, et 100% alléchant, emmené par Jean-Benoît Ugeux et Jean-Jacques Rausin.

🎼 Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire! Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire 🎶

L’ambiance est à la fête au détour de la pause-déjeuner, et pour cause, aujourd’hui, ce sont les dernières prises de Krump, mais c’est aussi l’anniversaire de Jean-Jacques Rausin. Le comédien liégeois reçoit d’ailleurs un magnifique cadeau de la part de l’équipe: des tatouages. Beaucoup de tatouages même. « Et j’ai pu les choisir moi-même, plaisante-t-il. »

Bien sûr, c’est du cinéma, et les tatouages sont un costume. Celui de Bobby Boobs, petite frappe, ex-acteur porno, vendeur de sex-shop et malfrat maladroit. Bobby, c’est le BFF de Frank, incarné par Jean-Benoît Ugeux. Enfin, meilleur ami, ça reste à voir. C’est en tous cas le premier, et peut-être le seul prêt à le suivre quand il doit trouver l’argent pour sauver sa fille, qui vient d’être kidnappée.

Frank est lui aussi une ancienne star du porno. Jean-Benoît Ugeux nous le présente. « Il a eu son heure de gloire il y a une vingtaine d’années. Mais suite à un accident de travail, il ne peut plus tourner. On le retrouve quelques années plus tard, il est complètement dans la dèche. Il a une petite fille avec son ex, une ancienne porn star elle aussi. Quand doit trouver du pognon, comme vit complètement à la marge, il va devoir aller taper tous ses vieux copains qui ont gravité de près ou de loin dans l’univers du porno. »

En gros, c’est un héros de film porno, qui se retrouve héros d’un film d’action malgré lui? « Oui, Bruce Willis, mais un Bruce Willis de films fauchés alors, » s’amuse le comédien, également co-scénariste du film.

« C’est l’histoire d’une déchéance, confirme Cédric Bourgeois. Au début, j’étais parti avec l’idée de faire une comédie pure et dure. On rigolait beaucoup en écrivant avec Jean-Benoît d’ailleurs, mais au fur et à mesure, on a eu envie de sortir de ça. Je me suis fait rattrapé par l’histoire, par quelque chose de plus sombre, et par mon cinéma j’imagine. Instinctivement, nous nous sommes plutôt orientés vers une comédie noire. Nocturne même. »

On est donc dans un film noir, mais drôle. Peut-être un peu désespéré, mais divertissant. « C’est un peu néo-noir en fait, renchérit le réalisateur. Dans nos références, il y avait notamment les films des frères Safdie, Good Time et Uncut Gems, des films nocturnes et urbains, avec des petits gangsters, la petite pègre qui n’a pas vraiment d’argent, traine dans des milieux interlopes. J’avais aussi envie de mélanger les genres, comme on peut le voir pas mal en Corée du Sud ou dans certains films anglo-saxons. »

Une comédie de situation, où le rire nait de l’inadaptation, du décalage. Un humour mélancolique. « J’aime bien la façon dont la comédie est amenée chez les frères Coen ou Todd Solondz par exemple. On ne rit pas aux dépends des personnages, ce sont les situations qui provoquent le rire, surtout quand les personnages sont maladroits, ou gauches. Il y a du tragique, dans cet humour, et il faut sans cesse trouver l’équilibre. »

Krump, comme Une vie démente, sorti au début du mois, ou comme Fils de Plouc de Lenny et Harpo Guit qui sort la semaine prochaine (produit d’ailleurs comme Krump par David Borgeaud pour Roue Libre), fait partie des projets retenus dans le cadre des aides aux productions légères, un système d’aide qui attribue une somme modeste à la production, mais qui garantit un entière liberté artistique aux cinéastes. « Sur ce film, il y a zéro compromis, apprécie Cédric Bourgeois. Je fais ce que j’ai envie, de A à Z. Le producteur nous fait confiance. Sans faire exploser les budgets bien sûr, mais en toute liberté. Tous les films que j’ai vu issus de cet appel à projet ont une vraie tonalité, une vraie couleur. »

Cette ligne de soutien agit également parfois comme un véritable coup d’accélérateur pour des jeunes cinéastes qui peinent à franchir le pas du premier long, un moment pourtant décisif dans une carrière, mais alourdi et entravé par un processus souvent très long et contraignant, d’autant plus que la concurrence est féroce. « Cela faisait des années que je travaillais sur le même projet, explique le jeune cinéaste, et là, juste sur une idée amusante écrite en quelque jours, je recevais une aide pour faire mon premier long métrage, qui contre toute attente serait une comédie. Bon finalement, ce sera une comédie assez noire, mais c’était quand même une surprise. Les Commissions, c’est vraiment compliqué, il n’y a pas d’argent pour tout le monde, et le niveau est de plus en plus élevé. Les projets ne sont pas nécessairement refusés parce qu’ils ne sont pas bons, mais parce qu’il y en trop. Aujourd’hui, un premier long, ça peut prendre 7 à 8 ans pour le faire. Et si le résultat final ressemble à ce que tu avais en tête au début, ça relève du miracle. Beaucoup se sont faits broyer. »

Ce mode de production est aussi une opportunité pour les comédien·nes. Sans coproduction financière à l’horizon avec la France, par exemple, sans contrat cadenassé avec des partenaires financiers incontournables mais exigeants, pas besoin de recourir à des « stars », ou même des comédien·nes français·es pour les rôles principaux, ce que l’on retrouve souvent sur les productions qui suivent un circuit plus classique.

« En Belgique, on est finalement peu d’acteurs à avoir accès à des rôles principaux, explique Jean-Benoît Ugeux, et c’est une vraie opportunité qu’offrent ces films à production légère, où la liberté artistique est totale, et où les cinéastes peuvent embaucher les comédien·nes de leur choix. C’est un challenge et un plaisir. En cinéma, je fais souvent des rôles pour lesquels j’ai trois ou quatre jours de tournage. Ce sont des personnages très clairs, très précis, qui ont une trajectoire très définie, et peu d’évolution, avec une fonction narrative bien déterminée. Le fait de pouvoir traverser une narration complète, c’est vraiment enrichissant et stimulant en tant qu’acteur. »

Même son de cloche chez Jean-Jacques Rausin, qui ajoute: « On tourne assez vite, on a des équipes très jeunes, hyper motivées, avec une énergie immense. Et on peut tourner, enfin, sur des longs, avec des comédien·nes belges que l’on croise ailleurs, mais avec lesquel·les on peut vraiment partager quelque chose de singulier, je retrouve ici Jean-Benoît bien sûr, mais aussi Ingrid Heiderscheidt, Philippe Grand’Henry, Babetida Sadjo, ou même Alain Eloy ou Jo Deseure, et c’est un vrai plaisir. »

Lui aussi apprécie de pouvoir développer un rôle sur un temps long, d’autant que c’est un type de personnage auquel il ne s’était pas encore frotté: « C’est un personnage qui ne réfléchit pas beaucoup en fait. Il a une sorte de violence, instinctive et animale, que je n’avais pas eu l’occasion d’incarner jusqu’ici. Il fonce. Si Frank lui demande de faire un truc, il le fait. Parfois même il ne le lui demande pas, mais il le fait quand même. J’espère que ça sera un mec touchant, pas cérébral, mais qui a du coeur. »

Alors, à quoi s’attendre avec Krump, errance nocturne néo-noir, parodie caustique de l’américanisation de nos sociétés, comédie mélancolique, film de pègre à la bruxelloise? Surement un peu de tout ça. « Je voulais faire quelque chose de divertissant, mélanger comédie noire et film noir. Faire un film qui me ressemble, drôle, triste, mélancolique. J’avais aussi envie de tester des choses formellement. Et voir des gens rire dans une salle. Mélanger les genres, et sortir de mes automatismes, essayer autre chose. »

Rendez-vous sur les écrans en 2022!

 

 

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