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Sur le tournage de… « La Dernière Tentation des Belges »

Visite froide et ensoleillée sur le set du dernier film de Jan Bucquoy, La Dernière Tentation des Belges, avec Wim Willaert, Alice on the Roof et Alex Vizorek. 

Novembre 2019. Ca caille sévère en Wallonie. Au pied de l’écluse d’Ittre une petite équipe de tournage s’affaire autour d’un modeste bateau de plaisance, « Le Fier Wallon ». Un nom pareil, ça ne s’invente pas. Ou plutôt si, ça s’invente, et particulièrement par Jan Bucquoy, l’artiste iconoclaste à la manoeuvre de son dernier long métrage, La Dernière Tentation des Belges.

A l’intérieur, on se marche un peu dessus pour filmer un échange intimiste entre Wim Willaert, aka Jan Bucquoy, et sa fille, Alice on the Roof redevenue musicienne le temps d’une scène. Si la fiction et la réalité se mêlent autant, c’est que Bucquoy poursuit ici sa veine autobiographico-surréaliste.

La-Derniere-Tentation-Des-Belges@CedricBourgeois

Candide en Wallonie

La Dernière Tentation des Belges est le troisième volet d’une trilogie entamée en 1994. Après avoir essayé d’amener le marxisme léninisme en Flandres (et un peu raté), puis de faire un coup d’état à Bruxelles (et d’un peu rater là aussi) Jan Bucquoy, ou plutôt son alter ego fictionnel, se met en tête d’inciter la Wallonie à imaginer une plus juste redistribution des richesses en abolissant l’héritage, et en attribuant les fonds via une loterie. « Et hop, tu es tiré au sort, et tu hérites d’une villa à Knokke-le-Zoute, ou tu deviens le directeur de Solvay, plaisante le réalisateur. » Ca, c’est pour le programme politique de l’agitateur Bucquoy.

Mais sous la casquette anarchiste se cache un père blessé. Car finalement, La Dernière Tentation des Belges, c’est avant tout l’histoire d’un père et de sa fille, un père désespéré, un père qui a été absent, et qui s’accroche pour redonner à sa fille suicidaire le goût de vivre. Un sujet universel, en somme, une histoire d’amour et de rencontre paternelle et filiale, largement inspirée du parcours de Jan Bucquoy, qui creuse un peu plus ici la veine de l’autofiction, pour mieux réécrire l’histoire avec ses partenaires de jeu.

Jan Bucquoy, je l’ai dans le corps

Pour ce 3e volet de ses propres aventures, Bucquoy s’est choisi une nouvelle incarnation. Après l’inoubliable Jean-Henri Compère, alter ego du cinéaste dans La Vie sexuelle des belges (1994) et Camping Cosmos (1996), le réalisateur a jeté son dévolu sur le comédien Wim Willaert, clown triste dont l’accent rend hommage aux origines de l’artiste, et dont la folie épouse celle du créateur.

« Moi, je n’interprète pas mes rôles, nous confie le comédien, je les vis. Jan Bucquoy, je l’ai dans le corps à ce stade! »

Face à lui, on retrouve la jeune musicienne Alice on the Roof, qui fait ses premiers pas devant la caméra. Désarmante de naturel, elle s’amuse de ce que le cinéaste lui a confié avoir écrit le rôle pour elle: « J’imagine que c’est ce que tous les cinéastes disent à toutes les actrices, mais ça m’a convaincue. » Habituée de la scène, elle se réjouit de pouvoir sortir de sa zone de confort pour rencontrer l’univers plein de poésie et de liberté de Jan Bucquoy. « Il est plein de créativité, et c’est extrêmement inspirant. J’aurais beaucoup de mal à classer le film, continue-t-elle, ce n’est ni une tragédie, ni une comédie, c’est un film de Jan. »

La-Derniere-Tentation-Des-Belges@CedricBourgeois

C’est une tragédie burlesque

Wim Willaert lui s’est fait une idée. « C’est un tragédie burlesque« , affirme le comédien. Et l’on sent effectivement une sorte de mélancolie, un ton doux-amer, plein de sensations contradictoires, à l’image du froid soleil d’hiver qui baigne le plateau de lumière. Le drame affleure à la surface de cette histoire d’un père qui tente de rattraper les rendez-vous manqués avec sa fille.

« Jan Bucquoy, c’est Schéhérazade, précise Willaert ». Effectivement. La Dernière Tentation, c’est l’histoire d’un père, et de sa fille qui se trouvent au bord d’un précipice. Elle veut sauter et lui s’efforce de la retenir. Comment? En lui racontant des histoires, comme dans les contes des «1000 et une nuits ». Aussi longtemps qu’il retiendra son attention, elle ne sautera pas.

Mais Jan est animateur culturel en milieu hostile, et leur relation est agitée par un projet un peu fou: faire la révolution en Wallonie. La révolution face aux autres, à commencer par le troisième larron du récit. Face au duo père-fils, Jan Bucquoy a recruté Alex Vizorek, le golden boy dont la réussite vient mettre en lumière les échecs de son personnage principal. « C’est l’Auguste, Alex Vizorek. C’est l’homme de l’Archiduc, quand Bucquoy est celui du Dolle Mol« , résume le cinéaste. Le comédien et humoriste apporte son grain de folie au projet résolument inclassable de Jan Bucquoy.

La Dernière Tentation des belges, dont le tournage vient tout juste de s’achever, est produit par Anton Iffland Stettner et Eva Kuperman pour Stenola Productions, à qui l’on doit notamment Tokyo Anyway, Even Lovers Get the Blues ou La Vie à venir, et qui prépare actuellement le prochain film de Joachim Lafosse, Les Intranquilles, dont le tournage est prévu l’été prochain, avec Matthias Schoenaerts dans le rôle principal et Chaleur sans frontière, premier long métrage d’Ivan Goldschmidt, prévu lui pour l’hiver 2021.

 

Crédit photos de tournage: @Cédric Bourgeois

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