Sur le tournage de… « La Salle des pas perdus »

On a fait un saut sur le tournage de La Salle des pas perdus, premier long métrage de Roda Fawaz et Thibaut Wohlfahrt, produit par Frakas. 

Anvers, Place Bolivar, juillet 2022. La Belgique se demande comment contrer la canicule. Dans la salle d’audience du Palais de justice d’Anvers, sorte de nid vitré suspendu dans les hauteurs du bâtiment, on a pourtant éteint la clim, pour le bruit. Et pour cause, une équipe de tournage y a déposé ses valises pour la journée, celle de La Salle des pas perdus.

« En français, on dit vraiment des jolies choses! Qu’est-ce que c’est poétique, la salle des pas perdus! » On commence à connaître Wim Willaert, et son bel enthousiasme. On en vient même à parler couramment sa langue, un français à la grammaire inspirée du flamand (« Roda? Je le connaissais déjà, il est de fou! »). Le comédien flamand est l’un des héros sur premier long métrage de Roda Fawaz et Thibaut Wohlfahrt, La Salles des pas perdus, en tournage actuellement au Palais de justice d’Anvers.

Wim-Willaert-Cinevox-Salle

Ce jour-là, il enchaîne les prises, seul en scène. Toujours la même mécanique, une longue conversation téléphonique au fil de laquelle son personnage monte en tension. Responsable de la sécurité du Palais, il arpente les travées de la salle d’audience, alors qu’une journée particulière se prépare. Mais son attention semble retenue par sa conversation, au détriment, peut-être de son travail.

La concentration est extrême, les scènes sont tournées en plan séquence. C’est d’ailleurs ce dispositif bien particulier qui a donné envie au comédien de se lancer dans l’aventure. « Hier, on a filmé une scène qui dure 5m30. 22 fois! Pas de champ/contrechamp, c’est une caméra, constamment derrière toi. Les plans séquence, c’est un peu comme la pellicule, on peut pas couper dedans. C’est un autre genre de concentration.  Il y a beaucoup de préparation. Moi j’adore arriver sur des tournages sans rien faire. Mais ici, c’est comme danser avec la caméra, il fallait répéter la chorégraphie. »

Le film pose un cadre technique et narratif fort. « Tout le film a lieu le temps d’une journée, dans la salle des pas perdus, lieu de transition entre le monde extérieur et le monde de la justice, » nous confirme Roda Fawaz. « C’est une journée particulière, car ce jour-là débute le procès d’un suprémaciste qui a ouvert le feu dans une mosquée, continue-t-il. Le Palais de justice, c’est le reflet de notre société, tout le monde y passe, quelques soient les origines, dans le film d’ailleurs on parle français, flamand, wolof. C’est la mixité de notre monde que l’on y retrouve. Mais si la justice peut réguler la société, elle ne peut pas réguler l’humain et les émotions. »

Roda-Fawaz-Thibaut-Wohlfahrt-Cinevox

Pour raconter les moments de bascule de ces 7 personnages confrontés à des choix puissants, Roda Fawaz s’est allié à Thibaut Wohlfahrt. « Roda et moi, on s’est rencontrés sur mon dernier court métrage, Bruxelles-Beyrouth. On a beaucoup aimé cette collaboration. Il y a quelques mois, Roda m’a appelé pour me dire qu’il voulait travailler sur un film en plans séquences, qui mette en avant le jeu d’acteur dans la continuité, en temps réel, et à ce moment-là je faisais des repérages pour un documentaire qui se passait dans des palais de justice. De fil en aiguille, on a eu envie de raconter cette histoire, d’explorer le Palais de justice comme endroit où des vies basculent en peu de temps, un lieu de grande intensité dramatique.

« Ce film, c’est vraiment la rencontre entre un acteur et un metteur en scène, poursuit-il. Le plan séquence mélange nos deux sensibilités. On était très attirés par le temps réel, suivre un personnage pendant 5 à 10 minutes. Le fait de tourner en plan séquence pose clairement la question du rythme. Tout doit être dans la scène, il n’y a pas de découpage sur lequel s’appuyer au montage. »

Roda Fawaz confirme cette impression d’urgence: « Chaque jour, on a l’impression de faire un travail de démineur, on se concentre sur une scène, la journée passe, le temps s’écoule, et on cherche la séquence parfaite, si possible plusieurs fois. C’est une grande tension, mais c’est très riche. » « Il faut que tout le monde soit juste au bon moment, dans le jeu comme dans la technique, renchérit Wohlfahrt. Et quand ça arrive, c’est magique. » 

Pour porter ce défi, les deux cinéastes ont fait appel à des comédien·nes qui ont une certaine expérience de la scène. Lui-même comédien (le grand public l’a découvert dans les séries Unité 42, puis Invisible), Roda Fawaz explique: « Le casting fut le fruit d’un long processus. On a eu la sensation très forte, dès le début, qu’il nous fallait des acteur·ices de théâtre  qui tiennent les scènes dans la longueur, mais puissent aussi jouer face caméra. On a la chance de faire tourner Laurent Capelutto, Wim Willaert, Véronique Dumont, Nicole Valbert, Luc Van Grunderbeeck. » 

Rendez-vous en 2023 pour voir le résultat final sur les écrans.

 

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