Trois films belges primés à Cannes!

Quel magnifique symbole pour le cinéma belge! Les trois films belges qui étaient en lice repartent tous les trois avec un prix, venant saluer s’il en était besoin l’incroyable vitalité du cinéma belge et de ses talents, d’où qu’ils et elles viennent! On notera avec émotion que les frères Dardenne entrent dans la légende, en devenant les cinéastes les plus primés du Festival de Cannes avec 8 prix.

C’était inespéré. Le simple fait déjà d’avoir trois films belges en Compétition au Festival de Cannes était une récompense. La présence au générique de la sélection la plus scrutée du monde du nouveau film des frères Dardenne (pas vraiment une surprise tant leurs histoire s’écrit au Festival de Cannes depuis la présentation de La Promesse à la Quinzaine des Réalisateurs en 1996), du deuxième long métrage du précoce Lukas Dhont, Close, ainsi que l’addition surprise du film Le otto montagne, co-signé par Felix van Groeningen et Charlotte Vandermeersch faisait déjà de cette 75e édition du Festival de Cannes une édition exceptionnelle. 

L’amitié était la valeur phare de cette édition, relation clé au coeur des trois films en Compétition, trois variations sur ce sentiment qui éclaire notre rapport au monde, qui nous sauve parfois, nous terrasse, ou nous entraine ailleurs. L’amitié, et la transmission, car comment ne pas penser que le cinéma de Lukas Dhont ne serait peut-être pas le même, s’il n’y avait pas eu celui des frères Dardenne? Comment ne pas voir dans ce palmarès et cette sélection un dialogue fictionnel entre plusieurs générations de cinéastes belges, qui chacune met en image sa vision de l’amitié?

@Kris Dewitte

Close, Grand Prix

La rumeur courrait, dithyrambique, Close était le film le plus fort, le plus émouvant, le plus touchant du Festival. Projeté jeudi soir dans le Grand Théâtre Lumière, le film s’était achevé sur 12 minutes de standing ovation, et quelques seaux de larmes.

Close emboîte le pas, le temps d’une année, de Léo et Rémi, deux jeunes garçons de 13 ans, unis par une amitié indestructible, quasi fraternelle, pour lesquels la vie se conjugue à deux. Jusqu’au jour où ce duo est comparé à un couple. Le doute s’immisce alors. Est-ce normal, à 13 ans, d’être si proche de son ami?

Close observe la façon dont les jeunes adolescents sont encouragés à s’aliéner de leurs sentiments, à sortir du royaume des émotions pour embrasser une virilité plus acceptable en société. Ce duo bouleversant est incarné par les jeunes Eden Dambrine et Gustav De Waele, et épaulé par Emilie Dequenne et Léa Drucker.

Close est le deuxième long métrage seulement de Lukas Dhont, révélé à Cannes en 2018 avec son premier long, Girl, portrait magistral d’une jeune fille trans qui rêve de devenir danseuse étoile. Le film, présenté dans la section Un certain regard, recevait alors la Caméra d’or (Meilleur premier film toutes compétitions confondues), le Prix d’interprétation pour Victor Polster, la Queer Palm ainsi que le Prix Fipresci, avant d’entamer une carrière fantastique, mettant le pied à l’étrier au jeune réalisateur flamand. Sa sélection en Compétition pour son deuxième long seulement était déjà une reconnaissance conséquente, ce Grand Prix vient faire de lui, à 32 ans seulement, une valeur sure du cinéma mondial. 

Tori-Et-Lokita-Christine-Plenus
« Tori et Lokita » @Christine Plenus – Les Films du Fleuve

Tori et Lokita, Prix du 75e anniversaire

Mardi après-midi, la tension était à son comble avec la présentation de Tori et Lokita, 9e sélection en Compétition de Jean-Pierre et Luc Dardenne, rien que ça. Après une arrivée à pied sur la Croisette, et une montée des marches très détendues, l’équipe avait pris place dans la salle, les lumières s’étaient éteintes, et toutes et toutes avaient retenu leur souffle avant de découvrir où (et si) le cinéma des Dardenne allait les emporter, une fois encore. 

« C’est une histoire d’amitié, » avaient dit les frères avant le Festival. Et c’est vrai, c’est l’histoire d’une amitié de circonstance muée en presque lien de sang, d’une union improbable qui seule permet de faire face, d’affronter le présent, et d’envisager le futur. Celle de Tori et Lokita, un jeune garçon et une jeune fille sans papier, rencontrés sur le chemin de l’exil, et qui cherchent ensemble à s’enraciner ailleurs. Un récit redoutablement épuré, sans concession, mettant en lumière deux enfants laissés pour compte, victimes sacrificielles d’un parcours de migration, victimes d’avoir rêvé un ailleurs et une vie meilleure.

Une histoire d’amitié, mais aussi un cri, un appel, un geste artistique, un plaidoyer fictionnel pour revoir nos politiques migratoires, et (r)éveiller nos consciences. Un conte dramatique, une parabole, un thriller humain et sociétal sur les injustices fondamentales, économiques, sociales, raciales qui sont au coeur de notre présent.

A l’issue de la projection, et malgré le choc, la salle ovationne ce nouvel opus des cinéastes désormais les plus primés de l’histoire du Festival de Cannes, avec 8 prix. Les frères cumulent deux Palmes d’Or, pour Rosetta en 1999 et L’Enfant en 2005. Mais aussi le Prix d’interprétation masculine pour Olivier Gourmet en 2002 pour Le Fils, le Prix du Scénario pour Le Silence de Lorna en 2008, le Grand Prix au festival de Cannes en 2011 pour Le Gamin au vélo, le Prix de la Mise en scène en 2019 pour Le Jeune Ahmed, et bien sûr le Prix d’interprétation féminine qui révéla Emilie Dequenne en 1999 pour Rosetta.

Ils ajoutent aujourd’hui ce Prix spécial du 75e anniversaire, qui vient saluer l’urgence et l’universalité de leur cinéma.

Le otto montagne, Prix du Jury

Enfin, le troisième film belge de la Compétition repart lui avec le Prix du Scénario remis à Felix Van Groeningen et Charlotte Vandermeersch pour cette très sensible adaptation du best-seller de l’italien Paolo Cognetti, Le otto montagne.

C’est l’histoire de Pietro et Bruno, un enfant de la ville et un autre de la montagne. Ils se lient d’amitié à onze ans, avec un coin caché des Alpes en guise de royaume.  La vie les éloigne sans pouvoir les séparer complètement. Alors que Bruno reste fidèle à sa montagne, Pietro parcourt le monde. Cette traversée leur fera connaître la solitude et l’amour, leurs origines et leurs destinations, mais surtout l’amitié de la vie à la mort.

Au casting de cette coproduction italo-belgo-française, on retrouve Luca Marinelli (Martin Eden), Alessandro Borghi (Devils), Filippo Timi (Vincere) et Elena Lietti (Anna).

Un voyage cinématographique d’une grande beauté, qui là encore, parle d’amitié. Et une belle reconnaissance que ce Prix du Jury pour cette première collaboration à la réalisation pour le couple formé par Charlotte Vandermeersch et Felix van Groeningen. Un retour en grâce sur la Croisette pour ce dernier, après la présentation remarquée de La Merditude des Choses en 2009 à la Quinzaine des Réalisateurs.

Dalva, Prix de la Révélation, Prix Fipresci, Rail d’Or

Un autre long métrage belge était présenté cette année à Cannes à la Semaine de la Critique, Dalva, premier long métrage de la jeune cinéaste Emmanuelle Nicot. Le film, extrêmement sensible et juste, sur la lumineuse et pleine de vie trajectoire de reconstruction d’une jeune fille victime d’inceste, a bouleversé le public de la Semaine. 

Il a d’ailleurs reçu trois prix, venant ainsi enrichir le palmarès du cinéma belge de cette 75e édition du Festival de Cannes: le Prix de la Révélation de la Semaine de la Critique pour al jeune comédienne Zelda Samson, le Prix Fipresci de la Critique internationale, ainsi que le Rail d’or.

Et pour compléter ce tableau déjà magnifique, on ajoutera que le film Les Pires de Lise Akoka et Romane Guéret dans lequel brille le comédien flamand Johan Heldenberg (voir notre interview) a remporté le Prix Un certain regard, que la Caméra d’Or a été attribuée à War Pony de Riley Keough et Gina Gammell, coproduit en Belgique par Caviar, et que Le Bleu du Caftan, deuxième long métrage de Maryam Touzani avec Lubna Azabal a remporté le Prix FIPRESCI de la Critique internationale de la section Un certain regard.

Rendez-vous à la rentrée pour découvrir tous ces films en salle.

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