« Zillion », la fabrique de la nostalgie

Op de foto : Frank Verstraeten, vertolkt door Jonas Vermeulen, die zijn Zillionaires in trance brengt. copy : FBO/Thomas Dhanens

Avec son deuxième long métrage, Zillion, Robin Pront, réalisateur du polar familial bien noir D’Ardennen, change radicalement cap pour livrer un biopic sur-vitaminé profondément inscrit dans l’histoire récente de la Belgique, et de ses nuits.

Waar is het feestje? En 1997, elle est à quelques centaines de mètres de l’Escaut, au Sud d’Anvers, au 4 Jan van Gentsraat. Ou plus précisément, au Zillion. Si vous êtes nés avant 1990, vous avez surement déjà entendu parler du Zillion, de ses folles ambiances, de ses prouesses technologiques, de ses nuits débridées. Peut-être même avez-vous entendu parler de son créateur, Frank Verstraeten.

C’est son histoire, forcément incroyable, que Robin Pront condense en un peu plus de deux heures. Son ascension, comme sa chute, qui tiennent en une poignée d’années.

Zillion-Robin-Pront

A l’origine, il y avait un petit (vraiment petit) nerd, un fils à maman mal dans sa peau passionné d’informatique, qui imagine un juteux filon pour importer de Chine des composants électroniques qu’il revend en direct aux gens désireux d’améliorer les performances de leurs ordinateurs. L’affaire s’avère vite florissante, mais la « créativité fiscale de Frank lui joue rapidement des tours. N’empêche qu’il a la bosse du commerce. Dommage qu’il n’ait pas le physique pour intégrer la jet-set anversoise. A moins que… A moins qu’il ne la réinvente lui-même, cette jet-set. Et qu’il n’en bâtisse le royaume, son Royaume. Ce sera le Zillion.

En 1997 ouvre donc le Zillion, mega night club à la pointe de la technologie, lieu de toutes les joies, et de tous les excès. Pour mener à bien ce projet faramineux, Frank fait alliance avec Dennis Black Magic, producteur de films pornos à succès, et Miss Belgique, un trio inattendu, qui va propulser le Zillion dans la légende, avant qu’il ne s’écrase en plein vol, plombé par la fraude, les trahisons et les relations douteuses de son patron. 

Grandeur et décadence d’un geek acariâtre. Derrière les show lasers, les beats étourdissants, les gogo-danseuses à tous les étages, la coke au kilo et la thune comme s’il en pleuvait, c’est la trajectoire de comète de Frank Verstraeten que l’on scrute, anti-héros à première vue antipathique, rendu presque sympathique par sa persévérance, et l’ampleur de ses ambitions, lui qui partait pourtant de peu. 

Robin Front s’essaie au biopic épique, mi-Casino pour le récit à la première personne, mi-The Social Network pour le geek déterminé, ayant déniché une arène spectaculaire (le Zillion, night-club flamboyant et personnage à part entière) et un quatuor de personnages (il faut ajouter la mère au trio formé par Frank, sa reine de beauté et son roi du porno) haut en couleur, et même bigger than life.

Zillion-Robin-Pront

La direction artistique devrait permettre de faire résonner chez le public belge une fibre nostalgique, dont il a fallu en partie inventer les codes cinématographiques pour l’occasion. Une esthétique forcément clinquante, mais fidèle à la décadence jusqu’au-boutiste de l’époque.

Si la nostalgie n’est pas le sujet premier du film – c’est plutôt la trajectoire fulgurante d’un anti-héros mû par une force presque surnaturelle, mais trahi  aussi bien par son hubris que son entourage -, elle joue à plein dans cette plongée étourdissante dans les années 2000.

L’ensemble est soutenu par l’énergie des interprètes, Jonas Vermeulen se débrouillant pour donner une vraie intensité à son personnage de anti-héros, Charlotte Timmers, de la profondeur à Miss Belgique, Matteo Simoni, de la complexité à son roi du porno, et Barbara Sarafian, du machiavélisme à sa mère aimante.  

 

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